Échelle de Scheltens : comprendre votre score IRM (0 à 4)

Dans cet article, nous vous présentons l’échelle de Scheltens, un outil de mesure qui permet aux professionnels de santé de détecter le niveau d’atrophie de l’hippocampe. Il s’agit d’une partie du cerveau qui joue un rôle très important dans la mémoire. La maladie d’Alzheimer entraine une détérioration de l’hippocampe, visible grâce à l’échelle de Scheltens.

Quelques éléments de définition

L’échelle de Scheltens est une échelle de mesure visuelle qui se focalise sur le niveau d’atrophie hippocampique. Autrement dit, il s’agit d’une échelle qui contribue à mesurer le niveau de réduction du volume de l’hippocampe, une structure cérébrale qui joue un rôle fondamental dans la mémoire. Le stade d’atrophie de l’hippocampe mesuré par cette échelle est généralement indiqué lors d’une IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) cérébrale. 

Au cours de cette IRM, l’échelle de Scheltens permet de qualifier le grade d’atrophie de l’hippocampe qui peut aller de 0 (pour qualifier une absence d’atrophie) à 4 (pour qualifier une atrophie très sévère). Ainsi, cette échelle permet de repérer l’existence d’une maladie neurodégénérative comme la maladie d’Alzheimer. 

Toutefois, comme cette échelle est visuelle, elle n’est pas toujours suffisante et il est largement conseillé de la compléter avec une quantification par volumétrie de l’hippocampe (réalisée à partir d’un logiciel de segmentation automatique en 3D).

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Qu’est-ce que l’hippocampe ?

Pour rappel, l’hippocampe est une petite structure cérébrale située à l’intérieur du lobe temporal du cerveau. L’hippocampe joue un rôle clé dans la mémoire (épisodique et spatiale) et les apprentissages. 

Il appartient au système limbique, une zone du cerveau qui se charge de réguler nos comportements, nos émotions et d’optimiser notre mémoire.

Les recherches scientifiques ont montré que l’hippocampe était l’une des rares parties du cerveau à fabriquer de nouveaux neurones : c’est ce que l’on appelle la neurogenèse. Mais lorsque sa structure est altérée, on constate généralement des troubles cognitifs importants comme des problèmes de mémoire.

💡 Le saviez-vous ?
Le rôle de l’hippocampe au sein de la mémoire a été mis en évidence grâce au patient Henry Gustav Molaison. Souffrant d’épilepsie depuis plusieurs années, ce patient a subi une opération chirurgicale expérimentale dont une ablation de son hippocampe. À la suite de cette chirurgie, Henry Gustav Molaison n’a jamais réussi à produire de nouveaux souvenirs, soulignant ainsi l’importance du rôle de l’hippocampe dans la mémoire épisodique. 

Pour rappel, il s’agit de la mémoire qui permet de stocker des souvenirs individuels et des événements du passé (comme des moments de l’enfance, des rencontres, etc.). Par la suite, d’autres études ont également confirmé qu’une atteinte de l’hippocampe pouvait entraîner une amnésie antérograde et rétrograde, autrement dit une perte des souvenirs ayant eu lieu avant et après son ablation. 

D’un point de vue anatomique, le volume normal d’un hippocampe se situe entre 3 et 3,5 cm3  (de chaque côté du cerveau chez un homme adulte). C’est donc une très petite structure à l’échelle du cerveau entier.

Quels sont les grades de l’échelle de Scheltens ?

Coupe  d’un hippocampe à l’anatomie normale

À partir d’une coupe frontale du cerveau, l’échelle de Scheltens permet d’évaluer visuellement plusieurs éléments anatomiques relatifs à l’hippocampe dont : 

  • sa taille
  • la largeur de la corne temporale ventriculaire et la largeur de la fissure choroïdienne qui l’entourent

C’est l’observation anatomique de ces trois éléments qui va permettre d’évaluer le stade d’atrophie de l’hippocampe étudié.


Grade Scheltens 0

La taille de l’hippocampe répond bien aux critères de normalité. Les largeurs de la fissure choroïdienne et de la corne temporale se situent également dans les valeurs attendues.

Grade Scheltens 1

Les tailles de l’hippocampe et de la corne temporale sont toujours dans les normes. Toutefois, la fissure choroïdienne est de taille légèrement supérieure à la taille moyenne attendue.

Grade Scheltens 2

La taille de l’hippocampe commence à diminuer. De son côté, la largeur de la corne temporale commence à augmenter. La fissure choroïdienne continue elle aussi de s’étendre.

💡 Bon à savoir
Un grade s’interprète toujours selon l’âge de la personne. D’après les recommandations de Wahlund et al. (2017), un grade 2 est considéré comme anormal avant 70 ans, un grade 3 avant 80 ans, et un grade 4 l’est quel que soit l’âge. Un grade seul ne suffit pas à poser un diagnostic : nous y reviendrons dans la troisième partie de cet article.

Grade Scheltens 3

La taille de l’hippocampe continue de s’atrophier de manière significative. À contrario, les tailles de la corne temporale et de la fissure choroïdienne sont de plus en plus importantes

Grade Scheltens 4

Tandis que la taille de l’hippocampe a largement diminué, celles de la corne temporale et de la fissure choroïdienne ont considérablement augmenté.

💡 Bon à savoir
Une atrophie de grade 3 ou 4, anormale pour l’âge de la personne, peut appuyer une suspicion de maladie d’Alzheimer. Le diagnostic repose toutefois sur l’ensemble du bilan (symptômes, tests de mémoire, autres examens).

Atrophie de l’hippocampe : quel lien avec la maladie d’Alzheimer ?

Tout d’abord, il faut savoir que le vieillissement normal entraîne par nature une réduction du volume de l’hippocampe. Toutefois, dans les cas où cette atrophie est plus marquée que celle attendue, on peut observer une certaine prédisposition à développer la maladie d’Alzheimer. 

Cependant, il est important de noter qu’une atrophie de l’hippocampe peut également être liée à l’existence d’une autre pathologie. Cela signifie que l’atrophie hippocampique n’est pas uniquement spécifique à la maladie d’Alzheimer mais qu’elle peut aussi être causée par la présence d’une autre pathologie comme un stress chronique (dont un stress post-traumatique), une dépression, une schizophrénie, une épilepsie, une hypoxie, une encéphalite, et bien d’autres. 

Cette échelle permet-elle d’éliminer les autres formes de démence ?

La détection d’une atrophie de l’hippocampe aide aussi à distinguer la maladie d’Alzheimer d’autres types de démences. En effet, la réduction du volume de l’hippocampe est un biomarqueur reconnu de la maladie d’Alzheimer. Par exemple, l’atrophie hippocampique est en général moins marquée dans la démence à corps de Lewy et dans la démence vasculaire (Burton et al., 2009). Elle peut cependant aussi être observée dans la démence à corps de Lewy ou dans la démence fronto-temporale (Wahlund et al., 2017) : elle n’est donc pas propre à la maladie d’Alzheimer. 

Ainsi, lorsqu’une personne présente un déclin de ses facultés mentales et que l’échelle de Scheltens révèle une atrophie de l’hippocampe plus marquée que prévu pour son âge, cela peut orienter vers une maladie d’Alzheimer, en complément des autres examens. 
Pour qualifier un stade précoce, avant la démence, certains neurologues utilisent le terme de « syndrome MCI » (Mild Cognitive Impairment, ou « déficit cognitif léger »). Le MCI se caractérise par quelques symptômes de la maladie d’Alzheimer. On retrouve notamment des troubles de la mémoire spécifiques, qui sont liés à la déstructuration cérébrale de l’hippocampe. Dans le jargon médical, on parle d’ « amnésies de type hippocampique ». Toutefois, aucun grade de l’échelle de Scheltens ne correspond à lui seul à un MCI ou à une forme avancée de la maladie : comme nous l’avons vu dans la deuxième partie de cet article, le grade s’interprète selon l’âge et avec l’ensemble du bilan clinique.

Grâce à l’échelle de Scheltens, il est donc possible d’évaluer et suivre l’évolution d’une atrophie de l’hippocampe pour ainsi contribuer à ralentir la maladie le plus tôt possible.

Références

Les informations de cet article s’appuient sur les publications suivantes :

  • Scheltens, P., Leys, D., Barkhof, F., et al. (1992). Atrophy of medial temporal lobes on MRI in “probable” Alzheimer’s disease and normal ageing: diagnostic value and neuropsychological correlates. Journal of Neurology, Neurosurgery & Psychiatry, 55(10), 967-972. doi:10.1136/jnnp.55.10.967
  • Wahlund, L.-O., Westman, E., van Westen, D., et al. (2017). Imaging biomarkers of dementia: recommended visual rating scales with teaching cases. Insights into Imaging, 8(1), 79-90. doi:10.1007/s13244-016-0521-6
  • Burton, E. J., Barber, R., Mukaetova-Ladinska, E. B., et al. (2009). Medial temporal lobe atrophy on MRI differentiates Alzheimer’s disease from dementia with Lewy bodies and vascular cognitive impairment: a prospective study with pathological verification of diagnosis. Brain, 132(1), 195-203. doi:10.1093/brain/awn298
  • Harper, L., Fumagalli, G. G., Barkhof, F., et al. (2016). MRI visual rating scales in the diagnosis of dementia: evaluation in 184 post-mortem confirmed cases. Brain, 139(4), 1211-1225. doi:10.1093/brain/aww005
  • Scoville, W. B., & Milner, B. (1957). Loss of recent memory after bilateral hippocampal lesions. Journal of Neurology, Neurosurgery & Psychiatry, 20(1), 11-21. doi:10.1136/jnnp.20.1.11
  • Eriksson, P. S., Perfilieva, E., Björk-Eriksson, T., et al. (1998). Neurogenesis in the adult human hippocampus. Nature Medicine, 4(11), 1313-1317. doi:10.1038/3305
  • Inserm (2017). Maladie d’Alzheimer. Dossier d’information, Inserm. inserm.fr

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