« Maman, j’ai cassé mon téléphone, voici mon nouveau numéro. » « Votre colis est en attente, régularisez 1,95 €. » « Dernier rappel avant majoration : impots.gouv ». Si votre parent âgé a un téléphone ou une boîte mail, il reçoit ces messages — et les escrocs comptent précisément sur sa politesse, sa confiance et son inquiétude de mal faire. Bonne nouvelle : ces arnaques reposent presque toutes sur les mêmes ficelles. Une fois qu’on les connaît, on les repère. Voici comment reconnaître les plus courantes, réagir si votre proche s’est fait piéger, et le protéger durablement.
Pourquoi les escrocs ciblent-ils les personnes âgées ?
Ce n’est pas une question de naïveté : c’est une question de codes. Une personne de 85 ans a appris toute sa vie qu’un courrier officiel se respecte, qu’on rappelle quand on nous le demande, qu’on ne laisse pas une facture impayée. Les escrocs imitent exactement ces codes — logo des impôts, ton administratif, menace de pénalité — auprès d’une génération qui n’a pas grandi avec le réflexe de s’en méfier.
S’ajoutent trois facteurs : les seniors sont plus souvent seuls au moment de décider (personne à qui demander « c’est normal, ce message ? »), plus souvent joignables en journée, et parfois fragilisés par des troubles de la mémoire qui rendent la vigilance inconstante. C’est pourquoi la protection ne peut pas reposer uniquement sur leur prudence : elle doit aussi venir de l’entourage et des outils.
Les 6 arnaques les plus courantes visant les seniors
1. Le faux SMS de livraison de colis
« Votre colis n’a pas pu être livré, cliquez ici pour reprogrammer la livraison (1,95 €) ». Le lien mène vers une fausse page Colissimo, Chronopost ou Mondial Relay qui demande les coordonnées bancaires. La somme réclamée est volontairement dérisoire : le but n’est pas les 2 euros, mais le numéro de carte. Variante fréquente en période de fêtes, quand tout le monde attend effectivement un colis.
2. Le faux email des impôts, d’Ameli ou de la banque
C’est le « phishing » (hameçonnage) classique : un email imite une administration ou une banque et invite à « mettre à jour ses informations », « percevoir un remboursement » ou « éviter une majoration ». La page de destination est une copie du vrai site, conçue pour récupérer identifiants et coordonnées bancaires. Retenez cette règle simple à transmettre à votre proche : ni les impôts, ni l’Assurance maladie, ni une banque ne demandent jamais de coordonnées bancaires ou de mot de passe par email ou SMS.
3. L’arnaque WhatsApp « Maman, j’ai changé de numéro »
Un message arrive d’un numéro inconnu : « Maman/Papa, mon téléphone est cassé, c’est mon nouveau numéro ». S’ensuit une demande urgente : un virement à faire « avant ce soir », des coordonnées bancaires « bloquées ». L’escroc joue sur le réflexe le plus puissant qui soit — aider son enfant. Le bon réflexe : rappeler l’enfant sur son ancien numéro, celui du répertoire. Dans la vraie vie, il décroche, et l’arnaque tombe.
4. Le faux support technique
Une fenêtre alarmante s’affiche sur l’ordinateur : « Votre PC est infecté, appelez immédiatement Microsoft au 01 XX XX XX XX ». Au bout du fil, un faux technicien demande à prendre la main sur l’ordinateur, puis facture une « réparation » de plusieurs centaines d’euros — quand il n’installe pas au passage un logiciel espion. Microsoft n’affiche jamais de numéro de téléphone dans une alerte. Le bon réflexe : fermer la fenêtre ou éteindre l’ordinateur, sans appeler.
5. Le faux conseiller bancaire
Souvent en deuxième lame après un phishing : votre proche reçoit un appel du « service anti-fraude » de sa banque, qui connaît son nom et parfois son numéro de compte. On lui annonce des opérations suspectes et on le presse de « sécuriser ses fonds » en validant des opérations ou en communiquant ses codes. C’est l’arnaque la plus coûteuse, car elle paraît crédible. Règle absolue : un vrai conseiller ne demande jamais un code secret ni ne fait valider un virement par téléphone. On raccroche et on rappelle soi-même l’agence au numéro habituel.
6. L’arnaque sentimentale
Sur Facebook ou par email, un inconnu attentionné engage la conversation, prend des nouvelles chaque jour, puis — au bout de semaines ou de mois — rencontre un « problème » qui nécessite un virement. Les personnes veuves et isolées sont les premières ciblées, et la honte empêche souvent d’en parler à la famille. Les montants détournés peuvent atteindre des dizaines de milliers d’euros. Si votre proche évoque un correspondant régulier que personne n’a jamais rencontré, prenez le sujet au sérieux, sans jugement.
Les 5 signes qui doivent alerter
Quelle que soit l’arnaque, on retrouve presque toujours les mêmes ressorts. Transmettez cette liste à votre proche — ou affichez-la près de son ordinateur :
▪ L’urgence : « avant ce soir », « dernier rappel », « votre compte sera suspendu ». L’administration ne fonctionne jamais dans l’urgence.
▪ La demande d’argent ou de coordonnées bancaires, même pour une petite somme.
▪ Un lien à cliquer dans un SMS ou un email inattendu.
▪ Un numéro ou une adresse inhabituels : un email des « impôts » envoyé depuis une adresse en @gmail.com, un SMS de « Colissimo » depuis un numéro de mobile.
▪ Le secret : « ne le dites à personne », « c’est confidentiel ». C’est le signe le plus sûr — les démarches légitimes n’exigent jamais le silence.
💡 Bon à savoir : le réflexe à installer n’est pas « méfie-toi de tout », qui angoisse et isole, mais « avant de payer ou de cliquer, appelle-moi ». Un seul coup de fil à un proche désamorce la quasi-totalité des arnaques, parce qu’elles ne survivent pas à un regard extérieur.
Votre proche a été victime : que faire, dans l’ordre ?
1. Faire opposition immédiatement si des coordonnées bancaires ont été communiquées : appelez la banque ou le serveur interbancaire d’opposition (0 892 705 705, ouvert 7j/7).
2. Changer les mots de passe des comptes concernés (email en premier, car il permet de réinitialiser tous les autres).
3. Signaler : transférez les SMS frauduleux au 33700 (gratuit), signalez les emails et sites sur signal-spam.fr ou la plateforme gouvernementale internet-signalement.gouv.fr (Pharos). En cas de débit frauduleux sur la carte, le service Perceval (sur service-public.fr) permet un signalement en ligne à la gendarmerie.
4. Porter plainte en cas de perte d’argent, avec les preuves (messages, relevés). La plainte est indispensable pour espérer un remboursement par la banque.
5. Rassurer, sans reprocher. La honte est le principal allié des escrocs : une victime qui se sent jugée ne signalera pas la prochaine tentative. Rappelez à votre proche que des dizaines de milliers de personnes, de tous âges, se font piéger chaque année — et que les diplômés n’y échappent pas.
💡 Bon à savoir : le site gouvernemental cybermalveillance.gouv.fr propose un diagnostic pas à pas selon la situation (email piégé, faux support, compte piraté…) et la liste des démarches. En cas de doute sur un message reçu, votre proche peut aussi appeler Info Escroqueries au 0 805 805 817 (gratuit, du lundi au vendredi).
Comment protéger votre proche en amont
Réduire l’exposition
Inscrivez son numéro sur Bloctel (liste d’opposition au démarchage téléphonique), activez le filtre anti-spam de sa messagerie, et désabonnez-le des newsletters inutiles qui noient les vrais messages. Sur son téléphone, activez le filtrage des appels et SMS indésirables proposé par l’opérateur.
Poser trois règles simples
Plutôt qu’une liste de consignes techniques impossible à retenir, convenez ensemble de trois règles fixes :
▪ On ne donne jamais son numéro de carte ou ses codes suite à un message ou un appel reçu.
▪ Avant de payer ou de cliquer sur un lien, on appelle un proche.
▪ En cas de doute sur la banque ou une administration, on raccroche et on rappelle soi-même le numéro habituel.
Choisir des outils fermés aux intrus
La protection la plus efficace reste de couper le canal : un escroc ne peut pas piéger quelqu’un qu’il ne peut pas joindre. Si votre proche n’utilise son équipement que pour garder le contact avec la famille, un appareil ouvert à tout internet (smartphone, ordinateur, boîte mail) l’expose sans nécessité.
C’est un principe de conception de la tablette LiNote : elle fonctionne en circuit fermé familial. Seuls les comptes famille autorisés peuvent appeler en vidéo ou envoyer des messages et des photos ; côté téléphone, seuls les numéros enregistrés dans le répertoire — géré à distance par la famille — peuvent joindre votre proche. Pas d’email, pas de SMS d’inconnus, pas de lien à cliquer, pas de démarchage : les arnaques décrites dans cet article n’ont tout simplement aucun moyen d’atteindre l’écran.
