Alzheimer : faut-il lui créer un arbre généalogique ?


✒️ Conseils rédigés par Amélie Wallyn

Ergothérapeute spécialiste du maintien à domicile des personnes âgées et de la stimulation cognitive. Co-fondatrice de la Méthode MALO. 

Souvent, les aidants ont très peur que leur proche atteint d’Alzheimer oublie les membres de sa famille. Alors ils envisagent de mettre en place des arbres généalogiques. 

Oui, mais dans certaines conditions précises :

  • La personne doit être gênée d’oublier les prénoms de ses proches et la proposition d’arbre généalogique doit venir du constat de cette gêne.
    Cela la rassurera de savoir qu’elle a ce support qu’elle peut consulter avant ou pendant la visite de son proche.
    Avant que la personne ne perde cette capacité, il vaut mieux ne pas lui rappeler que sa maladie va évoluer au point où elle oubliera les prénoms et les visages des gens qu’elle aime. 
  • L’arbre doit être petit
    La personne va avoir du mal à s’orienter dans le temps et dans l’espace. Si vous faites des arbres généalogiques à 6 générations, elle ne saura même plus sur quelle branche regarder pour trouver le prénom associé à un visage. 

    Aussi, il faudra raccourcir cet arbre au fil du temps. En effet, avec la maladie la personne remonte dans le passé. Elle se souviendra déjà à peine d’avoir eu des enfants, alors il lui semblera impossible que cet enfant ait eu lui-même des petits-enfants. Cela le chamboulera et l’angoissera.

    Comme la maladie d’Alzheimer s’accompagne d’anosognosie (une non-conscience de ses troubles), la personne remettra en cause l’arbre généalogique en disant qu’il est faux et que la personne qui l’a réalisé est folle ou de mauvaise intention.

    Il faut épurer l’arbre au maximum. Sauf s’il y a un lien particulier et des visites très fréquentes, la personne malade n’a pas besoin d’avoir le prénom des conjointes de ses petits-enfants. 
  • Il vaut mieux ne pas mettre les photos de personnes décédées
    Si elle voit leur photo tous les jours, il y a plus de risques pour que la personne malade demande à voir ses parents pourtant décédés. Et c’est une situation souvent difficile à gérer pour les aidants qui ne veulent pas endeuiller leur proche tous les jours. 

    Les frères et soeurs risquent également d’être décédés, donc il vaut mieux éviter de les placer sur l’arbre. Par ailleurs, la personne malade se souviendra du prénom de ses parents et de ses frères, car ils appartiennent au passé. La maladie d’Alzheimer entraine un oubli du présent, du récent puis du moins récent.  

    La personne malade sera donc en haut de l’arbre.

Parfois, faire un arbre généalogique est délicat :  elle ne parle qu’à un enfant sur 4, l’un d’eux est décédé, etc.  Et on ne sait pas comment intégrer la famille de coeur. 

Dans ce cas, vous pouvez créer une frise photo où vous mettez toutes les photos des personnes qui rendent visite à la personne malade, en écrivant en dessous quelle est sa place dans son cercle « petit-fils », « amie », et pourquoi pas « aide ménagère » et « infirmière ». 

C’est une très bonne idée de le concevoir ensemble. Vous pouvez emmener plusieurs photos pour une même personne. Ainsi, la personne malade choisira la photo sur laquelle elle le reconnait le mieux, celle qu’elle trouve plus jolie aussi. 

Cela l’intégrera à un projet amusant qui permet de décorer son domicile (ou sa chambre d’EHPAD). 

Cela permet de stimuler ses capacités créatives et motrices lors du collage et de la décoration de ce projet photo. 

C’est un joli moment que vous pourrez passer ensemble. Un souvenir heureux que vous garderez longtemps. 

Vous pouvez également envoyer ou lui montrer des photos des personnes qu’elle voit souvent, ou qui représentent de bons souvenirs pour elle (ce sera des souvenirs de plus en plus anciens, au fil de la maladie). 

Ainsi, vous pouvez apporter des photos lors de vos visites ou choisir un cadre photo qui fera défiler des photos pendant votre absence. 

Amélie Wallyn, 
Ergothérapeute spécialiste du maintien à domicile de la personne âgée et de la stimulation cognitive.
Co-fondatrice de la Méthode MALO. 

Alzheimer : faut-il lui créer un arbre généalogique ?